Aubrac 2013

Publié le par spiridon mellois

Aubrac Circus 2013 010

L’Aubrac, notre destination trail du WE du 22 et 23 juin. Notre délégation «spiridonienne » est composée de Jacky, Laurent, Yves et Edith ainsi que Karine et Daniel et leurs enfants.

Notre point de chute, Nasbinals, petite ville pittoresque situé sur le plateau de l’Aubrac, tournée vers cette vieille terre du Gévaudan. Départ de Melle en convoi à 5h00 et arrivée sur site à 11h30. Le paysage est stupéfiant : Un plateau vert qui s’étend à perte de vue, ponctué de petites collines « les puechs » et délimité par ces murets de pierre granitique. Ce granit qui effleure la terre, symbole de la rudesse du pays. Au loin quelques constructions, les fameux burons, reliques d’un temps qui s’éteint celui  de la transhumance bovine et du fameux aligot. Le paysage impose sa force. Il nous renvoie cette image du bougnat aubracois, cette force de la nature, arpentant le pavé parisien, chargé d’eau, de glace, de charbon ou de bois.  Le ton est donné : A n’en pas douter, son descendant n’aura pas ménagé sa peine dans le tracé des circuits. Il a une réputation à tenir !!! 

groupe Aubrac Circus 2013 027 Nous installons notre campement au camping municipal de Nasbinal. Après déjeuner, direction le centre bourg  situé à 1 km pour récupérer nos sésames. Jacky, Yves et Daniel sont inscrits sur l’Aubrac Circus (55 km), Laurent sur le marathon des Burons (42 km) et Edith sur le Cap Aubrac (28 Km). Quant à Karine, elle assure le rôle clé de la logistique. 1er moment de frayeur, Jacky n’a pas son n° de dossard adressé par mail à tous les inscrits. Ouffff ça passe !!!. Dossards en poche, nous nous attardons quelques temps dans le village animé et bien sympathique de la course. Un temps délicieux dont nous nous délectons avec appétit. Un temps que l’on voudrait retenir, arrêter mais qui file inexorablement. Le temps alors  d’immortaliser l’instant.  Séance photo sous l’arche d’arrivée. Visite de la petite église jacquaire, arrêt à la boulangerie et le temps du retour pour la sieste réparatrice.


                P1070038Après la traditionnelle pause bière spiridoniènne, mais sans le fameux birlou, séquence isolement pour chacun d’entre nous. Vérification des paquetages,  contrôle des équipements, préparation du ravitaillement solide et liquide, l’heure est à la concentration. Ne rien laisser au hasard. Un doute subsiste, quel temps fera t-il demain ? Véritable dilemme : Se charger au risque de s’épuiser inutilement ou s’alléger et risquer d’avoir à braver les caprices du temps ? La discussion s’engage, les arguments se confrontent, les statistiques se déchainent, le conclave s’achève…c’est décidé, il fera beau demain !!!  Les minutes se sont égrenées et l’heure de la sieste est passée.  Celle du dîner lui a succédée, et avec lui, les échanges d’expérience.  Ce sera une première pour Daniel et Edith, rassurés par nos certitudes de beau temps. Pâtes, pâtes et pâtes, il est 21h00, nous allons nous coucher.


 P10700413h00, l’heure du réveil pour Jacky, Yves et Daniel. Il faut se restaurer, le départ est programmé pour 5h30. Et stupeur, il pleut !!! Le plafond est bas, la pluie risque de s’inscrire dans la durée. Il faut refaire les paquetages, se vêtir différemment. L’inquiétude est palpable. 5h00, nous quittons le camp, direction l’arche du départ. Photo souvenir et attente du départ. Les minutes sont des heures. Observateur impuissant, je veux rassurer mes amis, donner les derniers  conseils que je ne connais pas, encourager Daniel dont je tenais la place il y a 3 mois... Mais je me tais et leur laisse vivre pleinement  ces minutes de frisson. La musique  entonne, une dernière tape appuyée et un regard amical dans les yeux qui en dit long. Courage les amis, on se retrouve à l’arrivée. 3.2.1 partez !!!


                P1070042Le temps d’une pause café au troquet du village, mon départ est à 7h15. La discute s’engage avec le sympathique cafetier qui me vante son Aubrac, « sa montagne » et ses dénivelés vertigineux. Il me met en garde sur une montée de ski Alpin des plus terribles…Mouais, on verra. Peu convaincu mais courtois, j’use des Ah Bon !!! et des nonnnnnnnnn !!!

6h30, première avarie.  Jacky perd son eau !!!... son camel bag vient de se percer. Il se vide. L’eau inonde le sac, coule sur le dos et les jambes. Début de panique. Il n’y a que deux ravitaillements sur le parcours. Et l’eau s’arrête. La fissure se situe sur la partie supérieure du kamel bag.


P10700447h15, c’est parti pour le 42 Km. Le départ est rapide et Jany n’est pas là pour me freiner. Je suis le mouvement, ça se paiera plus tard !!! Il pleut, je pense aux copains, à Yves et Daniel en particulier.

8h00, Edith prend le départ pour le 28 km. Au même moment, Jacky entre dans St Chély d’Aubrac et boucle le premier semi en 2h25. Il est en forme, il pointe dans le 1er 1/3 de course. Un premier semi roulant avec une variété de paysages (bois, plaines) et de dénivelés. Mais il met les chevilles à l’épreuve. Dès le début nous empruntons les « Drailles », ces chemins ancestraux tracés par les bovins de la transhumance dont les sabots ont défiguré le sol.


Aubrac Circus 2013 022Yves est en peine. Faute de s’être alimenté, c’est le coup de fatigue au 20ème km. Le ravitaillement salvateur de St Chély est proche, tant mieux !!! Il arrive avec Daniel à 8h20. Village pittoresque marqué du sceau jacquaire, le pèlerin est ici roi. Ses hôtels, ses boutiques…toute une économie s’est développée autour du plus célèbre pèlerinage. Situé en bas du plateau, l’accès s’effectue par une longue descente par des chemins de traverse.


aubrac zoom 119h45, je rejoins à mon tour St Chély. 2h30, ça se confirme,  je vais vite trop vite, erreur de jeunesse. Mais je ne le sais pas encore, je me sens bien. Dans l’effervescence de cette halte commune aux différents circuits et où le publique fait de la voix, j’entends dans le brouhaha les avertissements sur ce qui nous attend. 10 km de montée non stop pour rejoindre Brameloup, le second et dernier ravitaillement au 35ème km.


aubrac zoom 12Je monte donc et je monte encore. La fatigue entame son œuvre. Un travail de sape bien rodé. Les cuisses puis les jambes, la tête et le corps entier avec cette petite musique pernicieuse qui tourne en boucle et qui invite à l’arrêt…Mais bientôt, nous distinguons une lumière plus intense. La fin du bois,  synonyme de montée depuis St Chély, est proche. La musique se fait plus discrète  et avec elle s’estompent les suppôts de la fatigue. Quand d’un coup apparaît devant nous le Suc de Born, le sommet dévêtu du domaine forestier de Brameloup qui pointe à près de 1400 m. Sacré cafetier, tu dois bien rigoler !!!  Et la montée reprend de plus belle. En file indienne, échines courbées et têtes baissées, personne ne pipe mot. Un silence de mort sur cette fameuse piste de ski dont le dénivelé aiguise les crampes. A mi côte, c’est le point de rencontre avec les différents circuits. Je pense aux copains et à Edith. Dans quel état sont-ils, comment vont-ils faire pour grimper ce truc de dingue ???

 

Au sommet, je regarde avec assurance la couleur de cette piste de ski, noire évidemment. Et stupeur, ce n’est qu’une petite bleue au jolie nom de « Fontaine ». Comble de l’ironie, à 50 mètres sur la gauche arrive une piste rouge au nom de « Framboise ». Nous ne l’empruntons pas, ça tombe bien, je suis rassasié, je n’ai plus faim !!!


EdithQuelques km de plus et arrivée à Brameloup, le second ravitaillement, au 35ème Km. Les conditions sont difficiles, il pleut averse et il fait froid. Je n’ai presque plus d’eau, pas grave, je ne vais pas m’alourdir, il ne me reste que 7 Km. A côté de moi, un  coureur demande le nombre de kilomètres restants et stupeur !!! Réponse, 12 km. Le 42 km fait en réalité 47 km. Un coup dur qui va relancer la petite musique. Je décide donc de prendre le temps, de me refaire une santé autour de la soupe bien chaude et d’attendre les copains au cas où, pour finir ensemble, en remake du trail des Piqueurs avec Alain et Claude. On est plus fort en groupe. Les minutes passent. Derrière moi, arrive un coureur en tee-shirt, qui avait fait le pari d’un levé de soleil. Il est transi de froid.  Il supplie les bénévoles qui sympathiques, lui remettent une veste pour finir le circuit. L’occasion de saluer tous les bénévoles sans lesquels ces belles aventures humaines ne seraient possibles.


P1070042La soupe est bonne, je m’attarde 15 mn, 20 mn, puis je repars faute d’information. Le téléphone ne passe pas. Après 1 à 2 km de montée, s’ouvre le plateau de l’Aubrac. Verdoyant et ponctué d’étangs, le spectacle est grandiose. Mais il fait mal aussi. La vue porte loin. Au 43ème km je distingue une « montagne » et une file indienne qui la gravit. Ca va être dur !!! C’est à ce moment difficile que le téléphone sonne. Un appel bienfaiteur de Jacky qui vient aux nouvelles et m’informe des copains. Il vient d’arriver à Nasbinal en 6h46mn et pointe à la 98ème place. Edith aussi est arrivée en 4h46. Bel exploit sur ce Cap Aubrac de 30 km en réalité. Enfin, Didier et Yves vont bien, ils viennent de quitter le second ravitaillement. Tout va bien donc. Je retrouve les jambes et la tête qui me portent jusqu’à l’arrivée, ligne que je franchis en 6h20mn. Merci Jacky !!! Daniel et Yves suivront en terminant respectivement en 8h48mn et 8h57. Bravo !!!


La médaille « Finisher » en poche, nos 5 « Spiridoniens » regagnent le campement. Sur le retour, je croise mon cafetier et lui fait promesse que jamais plus je ne sous-estimerai les pentes de l’Aubrac !!! Karine nous attend. Nous plions bagages pour aller déguster le déjeuner à l’aligot bien mérité. Puis le temps du retour vers Melle pour 23h00. Un week-end extra comme on les aime et une bonne préparation physique et mentale pour le prochain défi, le GRP 80 des 24 et 25 août  !!!

 

 

Pour synthétiser l’Aubrac :


« Rarement je pense au Cézallier, à l’Aubrac, sans que s’ébauche en moi un mouvement très singulier qui donne corps à mon souvenir : sur ces hauts plateaux déployés où la pesanteur semble se réduire comme sur une mer de la lune, un vertige horizontal se déclenche en moi qui, comme l’autre à tomber, m’incite à y courir, à perte de vue, à perdre haleine. »  Julien Gracq, Carnets du Grand Chemin, 1992

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